Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 14:00

C'est à n'y rien comprendre.
Cette réalité qui ressemble à un abîme et qui s'échappe dès qu'on s'en approche, impalpable et, paradoxalement,  presque irréelle.
Elle marche lentement dans les rues pittoresques de la ville, et il lui semble déjà faire partie d'une autre époque, d'un autre temps. Les murs et leurs charpentes boisées se dématérialisent tandis que les gouttes de pluies s'évaporent, évanescentes.
C'est à n'y rien comprendre.
Cette vie qui est là et à laquelle elle semble manquer. Elle remarque à peine le décor nocturne et la nuit qui l'attrappe et l'absorbe. On a l'impression qu'elle pourrait tout faire, que la morale lui a échappé, sa marche est tellement aléatoire qu'elle semble s'être perdue dans le dédale de ses propres pensées. Entre renaissance et déchéance, elle pourrait être le masque qui la condamne à restée cachée derrière elle-même. Elle ne fait que marcher dans cette beauté irréelle qui donne l'impression d'être dans un rêve. Elle attend peut-être de se réveiller, simplement, sans affolement, sans sursaut.
Des voix se font entendre, comme un écho qui se rapproche. Enfin elle lève yeux et aperçoit deux silhouettes qui aspirent à venir vers elle. Elle se rapproche elle aussi de ces voix graves et masculines.
Deux hommes. L'un jeune, l'autre plus âgé. L'un sobre, l'autre enivré, par cette atmosphère magique, ou par la bière qu'il tient dans sa main. L'un discret, l'autre bruyant, bavard, extraverti. Tous deux semblent sympathiques.
N'est-ce pas ce qu'elle est venue chercher dans la nuit estivale et humide, un quelconque contact humain?
Elle laisse parler le vieux et regarde parfois le jeune, dont les yeux brillent dans la nuit comme deux pépites. Elle sourit et se marre, nerveusement semble-t-il. Le vieux ne retient pas ses paroles, qui abondent, incohérentes et sans gêne aucune. Il lui raconte qu'ils sont comme ces papillons de nuit qui ne vivent que 24 heures, et qu'il faut profiter de chaque instant, de chaque rencontre.
Finalement, chacun reprend sa route.
Elle s'échappe, troublée par cette rencontre qui l'a, l'espace d'un instant, fait vivre dans le regard d'un autre, à défaut du sien.

C'est du moins ce que j'imagine, à l'observer secrètement par la fenêtre de mon appartement, un sourire aux lèvres.
Par Laetitia
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Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /Juil /2009 12:39


Pour garder en mémoire vos souvenirs, partager votre histoire avec votre entourage...

Ou pour offrir à un proche l'occasion de raconter sa vie...

Laetitia Boer, écrivain biographe pour particuliers, écrit pour vous.

http://www.parchemins-biographies.com
Par Laetitia
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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 18:52


     La route était déserte et la chaleur accablante, lassante. Virginie foulait le bitume d'un pas régulier, mécanique. Elle se concentrait sur la route - les traces de pneux, les crevasses, les graviers - et elle tentait de ne pas prêter attention aux mirages qui la narguaient en lui faisant miroiter de l'eau. Quelle idée de partir sans bouteille avec cette chaleur! Combien de kilomètres restait-il? Aucune idée. Sa langue était pâteuse, bientôt elle n'allait plus décrocher du palais. Virginie rasait les fossés, espérant y trouver un peu d'humidité, quelques gouttes d'eau salvatrices. Elle se moquait bien d'être malade ensuite. Mais de toute façon les fossés étaient à sec, tout comme elle. Des semaines qu'il n'avait pas plu dans la région. A cette heure de la journée tout le monde devait être à l'abri, chacun dans sa maison, des maisons fraîches remplies de gens fabriquant des glaçons ou prenant un bain d'eau glacée. C'est pour ça qu'il n'y avait personne sur la route. Car dehors, même le vent avait chaud, et quand le vent transporte sa carcasse brûlante il vaut mieux rester chez soi.
     Virginie n'avait pas prévu ça. Elle n'avait pas prévu de prendre sa voiture par un dimanche caniculaire, elle n'avait pas prévu de tomber en rade, un pneu crevé, sur cette route aux allures de farwest, et surtout elle n'avait pas prévu de roue de secours. Dans la précipitation, elle avait omis de prendre son téléphone portable et elle n'avait pas non plus pris d'eau.
     Alors à se traîner là, sur cette route maudite, depuis des heures, elle avait mis son énervement de côté, elle l'avait laissé quelque part, peut-être dans un fossé, tiens! Seul l'abattement et la résignation se lisaient sur son visage. Si seulement il y avait eu un petit coin d'ombre, pas grand chose, juste un peu de fraîcheur, elle s'y serait blottie en attendant que le soleil finisse sa course. Mais il n'y avait rien en dehors du bitume et d'une herbe séchée, malheureuse, au bord de la route.
     Il devait l'attendre, pensant qu'elle ne viendrait pas. D'ailleurs elle ne viendrait pas. Impossible d'arriver à temps, elle pénétrerait dans le hall ventilé de l'aéroport pour constater que l'avion était parti des heures et des heures plus tôt. Alors elle se poserait sur un siège, entre un homme chauve qui mangerait un sandwich et une femme âgée qui resterait les mains crispées sur son sac de peur qu'on lui dérobe. Elle se poserait là et elle pleurerait. Pathétique. Déprimant. Inconcevable. Si elle arrivait à l'aéroport ce ne serait plus que pour profiter de l'air conditionné du hall. Mais elle n'arrivera probablement pas.
     Paul ne l'avait pas appelée depuis longtemps mais avant de partir il avait demandé à la revoir. Elle avait joué l'indifférence avant de sauter dans sa voiture, prête à tout pour le récupérer avant qu'il ne décole pour d'autres horizons, si lointains fussent-ils... Elle voulait le persuader de ne pas partir, de tout recommencer. Mais elle n'arriverait jamais. Elle ne le reverrait jamais et elle aurait pleuré bien plus tôt si son corps n'avait pas été totalement désséché. Elle avait bien tenté quelques sanglots mais rien à faire, même les larmes de crocodiles ne voulaient pas sortir et soulager un peu son coeur.
     Le soleil, face à elle, continuait son ouvrage, elle s'en tirerait avec un bon coup de rouge sur le visage et les épaules, à moins que l'insolation ne la jette face contre terre dans un fossé.

     Elle n'avait pas pris le temps de manger et elle s'en félicita lorsque les nausées commencèrent. Elle continua à aligner un pas devant l'autre, que faire d'autre? Elle était trop loin de la voiture, trop loin de la ville, trop loin de n'importe quelle âme qui aurait pu la secourir. Pourquoi n'y avait-il pas le moindre platane au bord de la voie?
     Ce n'est que lorsque la tête lui tourna franchement qu'elle stoppa net, fièvreuse et essouflée. Elle s'allongea sur une herbe qui n'allait pas mieux qu'elle et elle ferma les yeux. Le chant des grillons, sous son corps, la berça avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience.
     Elle resta ainsi prostrée des heures durant, se ressaisissant parfois dans un gémissement plaintif qui lui coutait trop d'effort.

     Un bruit de moteur se fit soudain entendre. Elle en eut vaguement conscience sans toutefois parvenir à se redresser, à se réanimer. De toute façon à quoi bon? Elle ne reverrait jamais Paul. Elle se rendormit.

     Des mains la tournèrent sur le dos, une voix lui parla, inquiète, masculine... connue... Connue!
     Virginie ouvrit doucement les yeux, se demandant si la fièvre ne la faisait pas halluciner.
     Cette voix...
     Ce visage...
     Ce...
     Paul...?


Par Laetitia
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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 16:12


     Les feuilles mortes, abandonnées, pastels de l'automne sous la lueur discrète de la lune, se superposent, se mêlent et s'entremêlent, virevoltent au gré d'une brise fraiche qui s'amuse à l'orée du petit bois. Etoiles déchues qui ne vivent encore que sous le regard d'une fillette qui ne devrait pas être là.

     Elle a quitté son lit et se tient immobile, figée dans un silence grouillant de vie. Ses cheveux caressent son doux visage, frôlent son nez mignon tout rosi par le froid. Elle renifle.

     Elle n'ira pas plus loin, non, elle est exactement là où elle veut être en cet instant précis et précieux, volé à la surveillance de ses parents.
     Sa chemise de nuit gonfle parfois, elle se remplit d'air et elle gonfle, comme un ballon, un de ces ballons qui décorent une salle de fêtes.

     Un hibou se tient quelque part, droit et à l'affût, elle l'entend chanter et cela la rend à la fois heureuse et mélancolique.

     Les épaules de la petite s'affaissent soudain et son visage les rejoint. Les yeux clos, elle tend la main à la rencontre d'une branche d'arbre qui est plantée là, juste à côté d'elle. Elle sert de tuteur au petit chêne qui prend vie à ses pieds. La petite fille et lui ont le même âge mais elle a grandi plus vite que lui, elle le dépasse largement maintenant. Alors elle s'agenouille pour pourvoir caresser son écorce dejà robuste, rugueuse. Il est tout nu, tout fragile, et pourtant bien enraciné, ses branches ne plient pas sous le vent, elles se courbent poliment, c'est tout.

     La main de la petite fille descend le long de son tronc jusqu'à ce que le bout de ses doigts frigorifiés touchent le sol. Ils se mettent alors à fouiller, à déblayer, à repousser ces feuilles insolentes qui couvrent la terre. Dans un reniflement la petite fille s'y met à deux mains. Une rage indicible s'empare de ses membres, rage qui fait le vide, râcle, se cogne, qui ne s'arrête qu'une fois qu'il n'y a plus rien. Plus rien que cette terre que la petite fille arrose de ses larmes avant se s'échouer comme une feuille morte, abandonnée, sous la lueur discrète de la lune. Elle plaque une joue contre la terre pour entendre son poul et sa respiration, lente, cyclique, rassurante. Car au-delà de cette terre, c'est une autre respiration qu'elle entend. La respiration lente, cyclique et rassurante de son chien, enterré là, sous le petit chêne.

Par Laetitia
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